samedi 17 décembre 2016

Les différents aspects de la Shakti : Mahâshakti (partie 2)


La Mahâshakti, la Mère universelle, effectue tout ce que sa conscience transcendante transmet du Suprême et elle entre dans les mondes qu’elle a faits.

Sa présence les remplit et les soutient avec l’esprit divin, et avec la force et la félicité divines qui sustentent tout, et sans quoi ils ne pourraient pas exister.

Ce que nous appelons la Nature, ou Prakriti, n’est que son aspect exécutif le plus extérieur. La Mahâshakti dispose et organise l’harmonie de ses forces et de ses procédés ; elle contraint la Nature à ses opérations et se meut parmi elles, cachée ou manifestée en tout ce qui peut être vu, expérimenté ou mis dans le mouvement de la vie.

Chacun des mondes n’est rien d’autre qu’un jeu de la Mahâshakti de ce système de mondes ou univers, et qui y réside, comme L’Ame et la personnalité cosmiques de la Mère transcendante. Chacun est une chose qu’elle a vue dans sa vision, accueillie dans son cœur de beauté et de pouvoir et créée dans son Ananda.

Mais il y a beaucoup de plans de sa création, beaucoup de pas de la Shakti divine.

Au sommet de cette manifestation dont nous faisons partie, il y a les mondes d’existence, de conscience, de force et de félicité infinies, au-dessus desquels la Mère se tient comme le Pouvoir éternel dévoilé. Là, tous les êtres vivent et se meuvent dans une plénitude ineffable et une unité invariable, parce qu’elle les porte en sécurité sans ses bras, à jamais.

Plus proches de nous sont les mondes d’une parfaite création supramentale dans lesquels la Mère est la Mahâshakti supramentale, un Pouvoir d’omnisciente Volonté et d’omnipotente Connaissance divines, toujours apparent dans ses œuvres infaillibles et spontanément parfaites dans chaque opération. Là, tous les mouvements sont des pas de la Vérité, tous les êtres sont des âmes, des pouvoirs et des corps de la Lumière divine, toutes les expériences, des mers, des flots et des vagues d’un Ananda absolu et intense.

Mais les mondes où nous demeurons sont ceux de l’Ignorance, les mondes du mental, de la vie et du corps, séparés de leur source dans leur conscience, et dont la terre est un centre significatif et son évolution un mouvement décisif. Tout ceci aussi, avec son obscurité, ses luttes et ses imperfections, est supporté par la Mère universelle ; ceci aussi est mû et conduit vers son but caché par la Mahâshakti.

La Mère, en tant que Mahâshakti de ce triple monde de l’Ignorance, se tient dans un plan intermédiaire entre la Lumière supramentale, la vie de Vérité, la création de Vérité, qui doit être amenée ici-bas et cette hiérarchie montante et descendante des plans de conscience qui, comme une échelle double, s’enfonce dans l’ignorance de la Matière et escalade à nouveau l’infinité de l’Esprit à travers l’épanouissement de la vie de l’âme et de l’intellect.

Déterminant tout ce qui sera en cet univers et dans l’évolution terrestre par ce qu’elle voit et sent et déverse d’elle-même, elle se tient là, au-dessus des dieux, et toutes ses Personnalités et tous ses Pouvoirs sont émis et placés devant elle pour l’action ; elle projette leurs émanations dans ces mondes inférieurs pour intervenir, gouverner, combattre et conquérir, pour guider et accomplir leurs cycles, pour diriger les lignes d’action totales et individuelles de leurs forces. Ces émanations sont les nombreuses formes et personnalités divines dans lesquelles les hommes l’ont adorée sous des noms différents à travers les âges.

Mais elle prépare aussi et forme par l’intermédiaire de ces Pouvoirs et de leurs émanations, l’esprit et le corps de ses vibhoûtis, de même qu’elle prépare et forme des esprits et des corps pour les vibhoûtis de l’Ishwara, afin qu’elle puisse manifester, dans le monde physique et sous le masque de la conscience humaine, quelque rayon de son pouvoir, de sa qualité et de sa présence. Toutes les scènes du jeu terrestre ont été, comme dans un drame, organisées, conçues et jouées par elle avec les dieux cosmiques comme auxiliaires et elle-même comme un acteur voilé.

Non seulement la Mère gouverne tout d’en haut, mais elle descend dans ce triple univers inférieur. D’une manière impersonnelle toutes choses ici-bas, même les mouvements de l’Ignorance, sont elle-même en un pouvoir voilé, sont ses créations dans une substance amoindrie, sont le corps et la force de sa Nature ; et elles existent parce que, mue par le fiat mystérieux du Suprême afin d’exécuter quelque chose qui était là-haut parmi les possibilités de l’Infini, elle a consenti au grand sacrifice et a revêtu, comme un masque, l’âme et les formes de L’Ignorance.

Mais d’une manière personnelle aussi, elle a daigné descendre ici-bas dans l’Obscurité afin de pouvoir la conduire à la Lumière, dans le Mensonge et l’Erreur afin de la convertir à la Vérité, dans cette Mort afin de la changer en une Vie divinisée, dans la douleur du monde, sa souffrance et son chagrin obstinés pour y mettre fin par l’extase transformante de son sublime Ananda.

Dans son profond et grand amour pour ses enfants, elle a consenti à revêtir le manteau de cette obscurité, condescendu à subir les attaques et les influences torturantes des pouvoirs de Ténèbres et de Mensonges, supporté de traverser le portail de cette naissance qui est une mort, pris sur elle les angoisses, les chagrins et les souffrances de la créature, car il semblait qu’ainsi seulement la création pouvait être élevée jusqu’à la Lumière, la Joie et la Vérité, jusqu’à la Vie éternelle. C’est le grand sacrifice du Pourousha, mais bien plus profondément l’holocauste de Prakriti, le sacrifice de la Mère divine.

Extrait de La Mère

Illustration : une image du CNRS, tirée d'une simulation numérique de la formation des grandes structures de l'univers montrant un échantillon de 100 millions d'années-lumière et le résultat du mouvement des galaxies.

samedi 15 octobre 2016

Les différents aspects de la Shakti : introduction (partie 1)


Les quatre pouvoirs de la Mère sont quatre parmi ses prédominantes Personnalités, parties et personnifications de sa divinité, à travers lesquelles elle agit sur ses créatures, met en ordre et harmonise ses créations dans les mondes et dirige la manifestation de ses milliers de forces.
Car la Mère (Divine) est une, mais elle se présente à nous sous des aspects différents ; elle a beaucoup de pouvoirs et de personnalités, beaucoup d’émanations et de vibhoûtis qui agissent pour elle dans l’univers. Celle que nous adorons comme la Mère est la Conscience-Force Divine qui domine toute existence, unique et pourtant si multiple qu’il est impossible de suivre ses mouvements, même pour l’esprit le plus prompt et pour la plus libre et la plus vaste intelligence.

La Mère est la conscience et la force du Suprême et elle est bien au-dessus de toutes ses créations. Mais quelque chose de ses voies peut être vu et senti à travers ses personnifications, d’autant plus perceptible que sont plus définis et limités le tempérament et l’action des formes de déesses dans lesquelles elle consent à se manifester à ses créatures.

Il y a trois manières d’être de la Mère que vous pouvez percevoir quand vous vous identifiez avec la Conscience-Force qui nous soutient, nous et l’univers :

La Transcendante, la suprême Shakti originelle, qui se tient au-dessus des mondes et sert de trait d’union entre la création et le mystère toujours non manifesté du Suprême.

L’Universelle, la Mahâshakti cosmique, qui crée tous les êtres et contient, pénètre, supporte et dirige les millions de procédés et de forces.

L’Individuelle, qui personnifie le pouvoir des deux plus vastes aspects de son existence, les rend vivants et proches de nous et s’entremet entre la personnalité humaine et la Nature divine.

L’unique Shakti originelle et transcendante, la Mère, se tient au-dessus de tous les mondes et porte dans sa conscience éternelle le Divin suprême. Elle est seule à abriter le Pouvoir absolu et la Présence ineffable ; contenant ou appelant les Vérités qui doivent être manifestées, elle les fait descendre, du mystère où elles étaient cachées, dans la lumière de sa conscience infinie et leur donne une forme dynamique dans son pouvoir omnipotent et dans sa vie sans bornes, et un corps dans l’univers.

Le Suprême est manifesté en elle à jamais comme l’éternel Satchidânanda (Sat-Chit-Ananda) ; il se manifeste à travers elle dans les mondes comme la conscience unique et duelle de l’Ishwara-Shakti et le principe duel de Pourousha-Prakriti ; il est personnifié par elle dans les mondes et les plans et les dieux et leurs énergies, et façonné grâce à elle comme tout ce qui est dans les mondes connus et dans d’autres inconnus.

Tout est son jeu avec le Suprême ; tout est sa manifestation des mystères de l’Eternel, des miracles de l’Infini. Tout est elle, car tous sont parcelles et fragments de la Conscience-Force divine. Rien ne peut être ici ou ailleurs que ce qu’elle décide et que le Suprême permet ; rien ne peut prendre forme excepté ce que, mue par le Suprême, elle perçoit et façonne après en avoir moulé le germe dans son Ananda créateur.

Quatre grands Aspects de la Mère, quatre de ses principaux Pouvoirs et Personnalités ont été mis en avant dans sa conduite de cet univers et dans ses relations avec le jeu terrestre.

L’un est la personnalité de calme ampleur, de sagesse compréhensive, de bénignité tranquille, et de compassion inépuisable de majesté souveraine et supérieure, et de grandeur qui gouverne tout.

Un autre personnifie son pouvoir de splendide énergie et d’irrésistible passion, sa disposition guerrière, sa volonté écrasante, sa promptitude impétueuse et sa force qui secoue le monde.

Le troisième est ardent, doux et merveilleux dans le profond secret de sa beauté, de son harmonie et de son rythme délicat, dans son opulence complexe et subtile, son attrait irrésistible et sa grâce captivante.

Le quatrième est pourvu de sa secrète et pénétrante capacité de connaissance intime, de travail soigneux et sans défaut et de perfection tranquille et précise en toutes choses.

Sagesse, Energie, Harmonie, Perfection sont leurs divers attributs, et ce sont ces pouvoirs qu’ils apportent avec eux dans le monde, qu’ils manifestent sous un déguisement humain dans leurs vibhoûtis, et qu’ils établiront suivant la mesure divine de leur ascension en ceux qui peuvent ouvrir leur nature terrestre à l’influence directe et vivante de la Mère.

A ces quatre, nous donnons les quatre noms de Maheshwarî, Mahâkâlî, Mahâlakshmî, Mahâsaraswatî.

Extrait de La Mère

En illustration : une photographie de Mudita, prise au Clos-Lucé, 2007.

lundi 15 août 2016

samedi 9 juillet 2016

Il y a des moments...


Il y a des moments où l’Esprit se meut parmi les hommes, où le souffle du Seigneur se répand sur les eaux de notre être.

Il en est d’autres où il se retire et abandonne les hommes à leurs actes, dans la force ou la faiblesse de leur propre égoïsme.

Les premiers sont des périodes où même un léger effort suffit à produire de grands résultats et à changer la destinée, les autres sont des espaces de temps où un grand labeur n’apporte que de maigres résultats. Il est vrai que ces moments-ci peuvent préparer les premiers ; comme la fumée légère du sacrifice montant vers le ciel, ils peuvent appeler ici-bas la pluie de la munificence divine.

Infortunés, l’homme ou la nation, qui se trouvent endormis lorsque arrive le divin moment ou qui ne sont pas prêts à s’en saisir parce que la lampe n’a pas été entretenue pour l’accueillir, parce que leurs oreilles sont restées sourdes à l’appel.

Mais trois fois malheur à ceux qui sont forts et préparés, et qui cependant gaspillent leur force ou mésusent de ce moment ; pour ceux-là, la destruction est grande et la perte irréparable. Lorsque vient l’Heure de Dieu, purifie ton âme de toute tricherie avec elle-même, de toute hypocrisie et vaine infatuation, afin que tu puisses regarder droit dans ton esprit et entendre ce qui l’appelle. Toute absence de sincérité dans la nature – c’était autrefois ta défense contre l’oeil du Maître et la lumière de l’idéal – devient maintenant un défaut dans ton armure et une invite pour les coups.

Et si tu vaincs pour l’instant, c’est plus grave encore pour toi, car le coup viendra sûrement qui te jettera à terre au milieu même de ton triomphe. Mais si tu es pur, rejette toute crainte.

L’heure est souvent terrible, tel un feu, un tourbillon, une tempête, tel les vendanges foulées sous la colère de Dieu. Mais celui qui peut se tenir debout à cette heure, soutenu par la vérité de son but, celui-là durera ; même s’il tombe, il se relèvera ; même s’il semble passer sur les ailes du vent, il reviendra.

Ne laisse pas non plus la prudence du monde murmurer de trop près à tes oreilles, car c’est l’heure de l’inattendu, de l’incalculable, de l’incommensurable.

Ne juge pas du pouvoir du Souffle à la mesure de tes minuscules instruments, mais aie confiance et avance. Mais garde ton âme le plus que tu peux nette des vociférations de l’ego, même si ce n’est que pour un moment.

Alors une colonne de feu marchera devant toi dans la nuit et la tempête sera ton auxiliaire et ta bannière flottera sur les plus hauts sommets de la grandeur qui était à conquérir.

Sri Aurobindo, 1918

vendredi 24 juin 2016

La guerre et la destruction




La guerre et la destruction sont un principe universel qui gouverne non seulement notre vie purement matérielle ici-bas, mais même notre existence mentale, et morale.

Il est évident, pratiquement, que dans sa vie intellectuelle, sociale, politique et morale, l'homme ne peut pas faire un pas en avant sans une bataille ; une bataille entre ce qui existe et qui vit, et ce qui cherche à exister et à vivre, et entre tout ce qui se trouve derrière l'un et l'autre.

Il est impossible, du moins en l'état actuel de l'humanité et des choses, d'avancer, de grandir, de s'accomplir et, en même temps, d'observer réellement et absolument le principe d'innocence que l'on nous propose comme la règle de conduite la meilleure et la plus haute. Nous emploierons seulement la force d'âme et ne détruirons jamais par la guerre, ni même par la violence physique pour nous défendre ?

Très bien, mais en attendant que la force d'âme soit efficace, les forces démoniaques dans les hommes et les nations, écrasent, démolissent, massacrent, brûlent et violent comme nous le voyons aujourd'hui ; elles pourront le faire alors tout à leur aise et sans obstruction ; et vous aurez, peut être causé la destruction d'autant de vies par votre abstention que d'autres par leur violence...

Il ne suffit pas d'avoir les mains propres et des âmes sans tâche pour que la loi de la bataille et de la destruction disparaisse du monde ; il faut d'abord que ce qui est à leur base disparaisse de l'humanité.

L'immobilité et l'inertie qui refusent de se servir des moyens de résistance au mal ou qui sont incapables de s'en servir, n'abrogeront pas la loi, encore moins.

En vérité, l'inertie fait beaucoup plus de mal que le principe dynamique de la lutte qui, au moins, créé plus qu'il ne détruit. Par conséquent, si l'on regarde le problème de l'action individuelle, s'abstenir de la lutte sous sa forme physique la plus visible et de la destruction qui l'accompagne inévitablement, nous donne peut être une satisfaction morale, mais laisse inaboli le Destructeur des créatures.

Extrait de Essai sur la Guîtâ

lundi 2 mai 2016

L'être psychique

















Une parcelle de nous-mêmes vit dans le temps présent, une masse énorme et secrète tâtonne dans l’inconscience obscure

Soulevés hors de l’inconscient et du subliminal
Nous vivons dans la lumière incertaine du mental
Et nous efforçons de connaître et de maîtriser un monde ambigu
Dont le but et le sens sont cachés à notre regard.
Au-dessus de nous demeure un dieu supraconscient
Dissimulé dans le mystère de sa lumière :
Autour de nous s’étend une immensité d’ignorance
Eclairée par l’incertain rayon du mental humain,
Au dessous de nous dort l’inconscient obscur et muet.

Extrait de Savitri

La partie psychique en nous est quelque chose qui vient directement du divin et qui est en contact avec le divin.

Dans son origine, c’est le noyau fécond en possibilités divines qui sert d’appui à cette triple manifestation inférieure du mental, de la vie (vital) et du corps (physique).

Cet élément divin est là dans tous les êtres vivants, mais il se tient caché derrière la conscience ordinaire ; au début, il n’est pas développé et même lorsqu’il l’est, il n’est pas toujours ou pas souvent au premier plan. Il s’exprime au moyen de ses instruments et selon leurs limites, dans la mesure où leur imperfection le lui permet. Il grandit dans la conscience par l’expérience qui mène vers le Divin ; il prend de la force chaque fois qu’il y a en nous un mouvement supérieur et enfin, par l’accumulation de ces mouvements plus profonds et plus élevés, une individualité psychique se forme - celle que nous appelons généralement l’être psychique.

C’est toujours cet être psychique qui, en réalité, bien que souvent d’une façon voilée, pousse l’homme à se tourner vers la vie spirituelle, et qui devient alors sa plus grande aide. Par conséquent, c’est cela, dans le yoga, que nous devons amener en avant.

Extrait de Lettres sur le Yoga, tome 2

Seule une petite part de nous-même prévoit ses pas,
Seule une petite part a sa volonté et marche vers un but.
Un vaste subliminal est la partie sans mesure de l’homme.
Le subconscient est la caverne qui est sa base.

Extrait de Savitri

Même en Europe, on admet très fréquemment aujourd’hui l’existence de « quelque chose » derrière la surface ; mais on se trompe sur la nature de ce quelque chose et on l’appelle « subconscient » ou « subliminal », alors qu’en réalité il est très conscient à sa façon et qu’il n’est pas subliminal, mais seulement derrière le voile.

Selon notre psychologie extérieure, cet être intérieur est relié à la petite personnalité extérieure par certains centres de conscience que nous pouvons percevoir par le yoga. Un peu seulement de l’être intérieur s’échappe par ces centres et passe dans la vie extérieure, mais ce peu est la meilleure part de nous-mêmes ; c’est à lui que nous sommes redevables de notre art, notre poésie, notre philosophie, nos idéaux, nos aspirations religieuses, nos efforts vers la connaissance et la perfection.

Extrait de Lettres sur le Yoga, Tome 5

jeudi 3 mars 2016

La conscience silencieuse et immobile



Selon mon expérience, la conscience n'est pas un phénomène dépendant des réactions de la personnalité aux forces de la Nature et réduit à une vision ou à une interprétation de ces réactions.

S'il en était ainsi, lorsque la personnalité devient silencieuse et immobile, et qu'elle ne réagit pas, il n'y aurait pas de conscience puisqu'elle ne verrait plus et n'interpréterait plus.

Cela est en contradiction avec certaines expériences fondamentales du yoga, par exemple celle d'une conscience silencieuse et immobile s'étendant à l'infini, ne dépendant pas de la personnalité mais impersonnelle et universelle, ne voyant pas et n'interprétant pas les contacts mais consciente d'elle-même dans l'immobilité, ne dépendant pas des réactions mais permanente en soi, même lorsque aucune réaction ne se produit.

La personnalité subjective elle-même est seulement une formation de conscience qui est un pouvoir inhérent, non à l'activité de la personnalité temporairement manifestée, mais à l'être, au Moi ou Pourousha.

La conscience est une réalité inhérente à l'existence. Elle est là, même quand elle n'est pas active à la surface, mais silencieuse et immobile ; elle est là, même quand elle est invisible à la surface, quand elle ne réagit pas aux objets extérieurs ou y est insensible, mais qu'elle est retirée et active ou inactive au-dedans ; elle est là, même quand elle nous semble tout à fait absente et que l'être paraît à nos yeux inconscient et inanimé.

La conscience n'est pas seulement le pouvoir de se percevoir soi-même et de percevoir les choses, elle est ou possède aussi une énergie dynamique et créatrice. Elle peut déterminer ses propres réactions ou s'abstenir de réagir ; elle peut non seulement répondre aux forces, mais créer des forces ou en émaner. La conscience est Chit, mais aussi Chit Shakti.

La conscience est habituellement identifiée au mental, mais la conscience mentale n'est que le domaine humain et ne couvre pas plus tous les domaines possibles de conscience que la vision humaine ne couvre toute la gamme des couleurs, ou l'ouïe humaine toute la gamme des sons - car au-dessus et au-dessous, bien des degrés sont pour l'homme invisibles et inaudibles. Il y a de même des domaines de conscience au-dessus et au-dessous du domaine humain, avec lesquels l'homme normal n'a aucun contact et qui lui semblent inconscients : les domaines du supramental, du surmental et du sous-mental.

Les gradations de la conscience sont des états universels qui ne dépendent pas de la vision de la personnalité subjective ; c'est plutôt la vision de la personnalité subjective qui est déterminée par le niveau de conscience dans lequel elle est organisée, selon la nature de son type ou le stade de son évolution.

Extrait de Lettres sur le Yoga, Tome 2

lundi 29 février 2016

samedi 6 février 2016

Ascension : Le Silence


















Dans le Silence, dans le Silence,
Lève-toi, ô Esprit immortel.
Loin de la Roue qui tourne, brisant le cercle magique,
Monte haut, seul et libre de la mort :
Ne porte plus attention aux rumeurs
Ni aux clameurs dans les ténèbres,
Dépasse la sphère du gris et du petit,
Laissant la plainte et la lutte,
Pour toujours dans le Silence.

Vaste et immobile, sans-forme et merveilleux,
Plus haut que les Cieux, plus étendu que l’univers,
Dans une pure gloire d’être,
Dans une brillante lucidité tranquille,
En communion avec l’illimité sans-voix et l’intime,
Place ta connaissance trop haut pour la pensée
Et ta joie trop profond pour l’émotion.

Au repos dans la Lumière immuable,
Muet sur l’inexprimable vision de soi,
Esprit, passe à travers toi-même,
Ame, échappe-toi des griffes de la Nature.
O témoin, enlève de toi tout ce que tu as vu,
Tourne-toi vers l’Unique et l’Absolu, tourne-toi vers l’Eternel :
Sois seulement l’éternité, la paix et le silence,
O Unité sans-nom transcendante du monde,
Esprit immortel.

Hors du Silence, hors du Silence,
Emportant l’indicible Substance,
Emportant la splendeur et l’étendue,
Elève-toi, ô Esprit immortel.
Assignant au Temps sa signification sans-fin,
Le Bonheur se lance dans l’étreinte de l’Intemporel.
Eveillé dans le vivant Eternel, abrité sous l’aile de l’amour de l’infini,
La vie révélée par elle-même dans son état inépuisable,
Noyée dans sa joie et sa douceur,
Ton cœur tout près du coeur du Divin à jamais.

Poème de Sri Aurobindo, Pondichery, 1930/1942 ; re-traduction de Mudita.

vendredi 1 janvier 2016

Meilleurs Voeux 2016 !